La parole est aux speakers : Gaël CRISPYN

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Jusqu’au Forum PHP 2026, retrouvez nos interviews de speakers pour mieux comprendre leur parcours et le sujet qu’ils ou elles aborderont lors de leur conférence !

La conférence

La review qu'on aurait dû faire depuis toujours : reprendre sa place de reviewer humain à l'ère des agents IA

On le sait tous : une bonne code review, ce n'est pas traquer une indentation ou un nom de variable. C'est challenger l'intention, le design, les invariants métier, ce qui n'apparaît pas dans le diff. Sauf qu'en pratique, on review surtout la surface parce qu'on est fatigué, pressé, ou que la PR fait 600 lignes.

Depuis quelques mois, je me fais assister par des agents IA pour faire une première passe de review sur mes projets. L'agent ne décide pas, il défriche : il signale, il questionne, il prépare le terrain. Et il s'est passé un truc inattendu : en m'appuyant sur cette première passe pour la surface, j'ai été obligé de redéfinir ce que je fais, moi, en tant que reviewer humain. Spoiler : c'est ce que j'aurais dû faire depuis le début.

Je m'en sers aussi autrement : quand je tombe sur une classe ou une méthode dont le but n'est pas évident, je demande à l'agent de m'expliquer ce qu'il en comprend. Si sa lecture diverge de la mienne, ou si elle a du mal à émerger, c'est qu'il manque un commentaire, un nom plus clair, ou que le design est à revoir. L'agent devient un révélateur de zones floues.

Autre découverte : bien paramétrés, ces agents peuvent rendre les PRs et les commentaires de review nettement plus lisibles : structure claire, contexte explicite, intention résumée. Un confort pour tout le monde, et un vrai levier d'inclusion pour les profils neuro-atypiques (dont je fais partie). Mais ça ne tombe pas du ciel : c'est à nous, humains, de paramétrer nos agents pour qu'ils délivrent ce niveau de clarté.

Dans ce talk : les bonnes pratiques de review qu'on connaît et qu'on néglige, ce que l'assistance d'un agent apporte vraiment (et ses angles morts), comment s'en servir comme révélateur de zones floues, comment se positionner avec la décision finale, et comment configurer ses agents pour livrer des PRs vraiment lisibles. Échecs réels inclus.

Vous repartez avec une vision claire de votre rôle de reviewer quand un agent vous a assisté, et avec l'envie de mieux reviewer, agent ou pas.

Joan Clarke - HJK
09/10/2026
14:55-15:35

Nous t'avons accueilli sur deux conférences lors de l'AFUP Day Lille, en 2019 et 2020. Qu'est-ce qui t'a motivé à retourner sur scène en 2026 ?

Déjà six ans, c'est fou ce que le temps passe vite. Entre-temps, mon métier a pas mal évolué, et honnêtement, moi aussi.

Les outils n'ont pas seulement changé, le métier lui-même s'est transformé. Je passe aujourd'hui moins de temps à écrire du code qu'à décider ce qui doit être écrit et à vérifier ce qui l'a été. Ce déplacement, je l'ai vécu sans vraiment le nommer, puis j'ai commencé à écrire dessus, et les réactions m'ont montré que je n'étais pas le seul à me poser ces questions. Et comme j'aime échanger et que le sujet m'inspirait, je me suis dit : pourquoi pas en faire une conférence.

Tu vas nous parler de review à l'ère de l'IA. La code review est l'un de tes sujets de prédilection. Qu'est-ce qui t'a poussé vers celui-ci ?

Premièrement, à cause d'un ancien manager qui accordait une importance particulière à la code review. Ce qu'il en disait a beaucoup résonné chez moi.

Ensuite, parce que c'est un exercice que tout le monde pratique et que presque personne n'apprend, et pour lequel je trouve qu'il manque de littérature. On devient reviewer par ancienneté, pas par formation. Et ça m'intéresse justement parce que je ne le maîtrise pas complètement : je continue d'apprendre en le pratiquant.

Ce qui m'a poussé à en faire un sujet, c'est que l'IA a rendu le problème visible. Tant qu'on relisait du code écrit par un·e collègue, les défauts de nos reviews restaient supportables. Depuis qu'une part croissante du code arrive généré, plausible et rapide, ces défauts coûtent beaucoup plus cher. La review est devenue le dernier endroit où un humain vérifie qu'on construit bien ce qu'on voulait construire, et c'est à mon sens une des vraies plus-values restantes des dev face à la puissance de l'IA.

Est-ce que, paradoxalement, tu penses que l'IA va permettre de remettre l'humain au centre des équipes de dev ?

Je dirais qu'elle nous remet face à une question de fond : qu'est-ce qui nous motive au quotidien, et où se situe notre réelle plus-value ?

L'IA absorbe la production. Ce qu'elle ne prend pas, c'est le jugement : savoir quel système on veut construire, et garantir que ce qui a été produit tient debout. Plus elle produit, plus ce jugement devient déterminant.

Mais rien n'est automatique. On peut très bien laisser filer : approuver plus vite, regarder moins, se dire que l'outil a vérifié. Beaucoup d'équipes font aujourd'hui une review devenue cosmétique. Le rituel est maintenu, la fonction est vidée. C'est probablement plus dangereux que de ne pas reviewer du tout, parce que ça donne l'illusion du contrôle.

Donc oui, l'IA crée l'opportunité de remettre l'humain au centre, dans son rôle de concepteur. C'est à nous de saisir cette opportunité.

Une conférence présentée par

Gaël CRISPYN
Gaël CRISPYN
Développeur web indépendant depuis 2020, Gaël cumule plus de 15 ans de PHP et travaille au quotidien avec Symfony, Clean Architecture et DDD. Depuis quelques temps, il explore l'intégration d'agents IA dans ses workflows de dev, et notamment comment ils transforment la code review, sans pour autant remplacer le cerveau du reviewer. Papa de deux petits garçons, sportif (sauf le golf) et neuro-atypique assumé, il jongle entre vie de famille, projets clients et une curiosité tenace pour bien faire son métier. Ah, et il adore parler aux gens : évitez-le absolument, il pourrait bien venir vous adresser la parole 🙂

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