La parole est aux speakers : Jean-François Lépine

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Jusqu’au Forum PHP 2026, retrouvez nos interviews de speakers pour mieux comprendre leur parcours et le sujet qu’ils ou elles aborderont lors de leur conférence !

La conférence

J'ai analysé 236 Go de code PHP : état des lieux d'un écosystème

À quoi ressemble le PHP qu'on écrit vraiment en 2026 ? Pour répondre, j'ai téléchargé l'intégralité de l'écosystème open source (236 Go de dépôts Git) et je l'ai passé à la moulinette de mes outils d'analyse.

Les résultats sont parfois rassurants, parfois inquiétants. Adoption des features récentes, longueur moyenne des méthodes, dette typique, écarts entre frameworks, traces des vieux patterns qui ne meurent pas : autant de signaux pour comprendre où va, et où traîne, l'écosystème.

Je partagerai la méthode (collecte, normalisation, métriques retenues), les chiffres qui surprennent, et les limites de l'exercice (biais de l'open source, distorsion par les gros projets, paquets fantômes). Vous repartirez avec une vision chiffrée du PHP d'aujourd'hui, des repères pour situer votre propre code, et probablement quelques convictions à réviser.

Sur 236 Go de dépôts Git analysés, quel résultat t'a le plus surpris, en bien comme en mal ?

Finalement c’est encore plus large que je prévoyais : les 236 Go, c'était l'analyse que j'avais menée en 2025. Cette année, je prépare une nouvelle étude sur un volume de code bien plus important. J'ai aussi élargi le périmètre avec de nouvelles analyses.

Il y a déjà plusieurs résultats qui m'ont surpris, notamment sur le lien entre l’IA et la qualité. Mais je vais être un peu frustrant : je préfère les garder pour la conférence. Donc venez au Forum PHP si vous voulez en savoir plus 😊

Ce que j'aime avec ce genre d'étude, c'est qu'elle oblige à remettre ses certitudes en question. On a tous des intuitions sur ce qu'est un "bon" projet, une "bonne" pratique ou une "bonne" équipe. Moi aussi. Puis on regarde les données et, parfois, elles racontent une histoire différente. C'est probablement ce que je préfère dans ce travail : partir avec des convictions et accepter qu'elles soient bousculées par des éléments objectifs.

Speaker, contributeur opensource, employé par une société de développement personnel et coaching... la transmission, l'accompagnement, l'humain semblent être au cœur de tes valeurs. Est-ce que l'arrivée de l'IA t'inquiète à ce sujet ?

Je serais étonné que quiconque puisse répondre non à cette question. L'IA est un bouleversement majeur. Forcément, elle amène des questions sur nos métiers, sur leur évolution et sur notre avenir. J'imagine que beaucoup d'entre nous se les posent, même si on n'en parle pas toujours.

En même temps, je n'ai jamais eu autant d'outils pour transmettre. Dans les équipes que j'accompagne, on s'en sert régulièrement pour rendre des sujets techniques plus faciles à comprendre. Un ADR un peu austère peut devenir un document illustré, avec des schémas, des comparaisons ou des exemples. Ce n'est pas l'IA qui prend la décision : elle aide simplement tout le monde à entrer plus facilement dans la discussion.

Je retrouve la même chose avec les devs plus juniors. Ils arrivent souvent avec une première compréhension du sujet, des questions plus précises, parfois même une proposition. Finalement, on passe moins de temps à expliquer les bases et davantage à discuter du fond.

Le risque, à mes yeux, ce n'est pas d'utiliser l'IA. C'est de s'arrêter à ce qu'elle produit. Comprendre, c'est aussi remettre en question une réponse, la confronter à son contexte, échanger avec d'autres personnes. C'est cette partie-là qui fait progresser. J'observe autour de moi des personnes qui savent dépasser l'IA, d'autres qui s'y arrêtent : c'est pour ces derniers que je m'inquiéterais.

En revanche, il y a un sujet qui m'inquiète davantage : la place des juniors. Les devs qui ont déjà deux ou trois ans d'expérience bénéficient énormément de ces nouveaux outils. Mais si les entreprises recrutent de moins en moins de profils débutants, à qui transmettra-t-on demain ? Je n'ai pas la réponse, et j'espère sincèrement que cette tendance s'inversera.

Avec l'arrivée de l'IA, tu continues de partager des connaissances à la communauté : qu'est-ce qui te pousse à cela ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question. J'ai toujours partagé. Je suis issu de la génération d’internet où tout était partagé, avec une culture libriste probablement plus forte qu’elle ne l’est aujourd’hui. J'avais même publié mon mémoire de fin d'études en open source avant la soutenance. Pour être honnête, je suis tombé des nues quand j'ai découvert que j'étais le premier de l'école à l'avoir fait ; je pensais que tout le monde faisait ça. Ça me semblait juste naturel.

L'IA ne change pas cette envie de partager. Au contraire, elle permet souvent de rendre un sujet plus clair, de trouver un meilleur exemple ou de produire un support plus facile à comprendre. Si quelqu'un peut apprendre un concept en vingt minutes au lieu d'une heure, tant mieux.

En revanche, je m'interroge beaucoup sur l'évolution de l'écosystème open source. On n'a probablement jamais produit autant de code qu'aujourd'hui. C'est une bonne nouvelle, mais c'est aussi devenu beaucoup plus difficile de s'y retrouver. Des milliers de nouveaux dépôts apparaissent chaque semaine. Certains sont portés par des créateurs de contenu qui savent très bien capter l'attention, parfois mieux que des mainteneurs qui développent leur projet depuis des années.

Je ne critique pas les créateurs de contenu. Ce qui m'inquiète, c'est que le marketing commence parfois à prendre plus de place que le logiciel lui-même. Des projets extrêmement utiles deviennent difficiles à découvrir, simplement parce qu'ils sont moins visibles.

On a déjà vécu ce genre de transformation. Il y a vingt ans, on découvrait énormément de choses grâce aux blogs personnels ou aux forums. Puis l'attention s'est progressivement concentrée sur quelques grandes plateformes. J'espère qu'on saura éviter le même phénomène avec l'open source.

Il y a aussi une question très concrète : toute l'infrastructure qui fait vivre l'open source va devoir évoluer. Avec l'IA, on produit beaucoup plus de code. Une pipeline de CI qui dure cinq minutes, c'est déjà long lorsqu'elle tourne pour trois devs, alors que dire de son impact lorsqu'elle tourne pour une entreprise où tout le monde, du dirigeant à la compta, s’est mis à produire du code avec l’IA ?

Bref, je suis surtout enthousiaste. J'espère simplement qu'on réussira à conserver un écosystème où la qualité, le partage et la diversité des projets continueront à compter autant que leur visibilité.

Une conférence présentée par

Jean-François LÉPINE
Jean-François LÉPINE
Jean-François est CTO et expert en qualité logicielle, passionné par la testabilité, la mesure du code et l’industrialisation. Il est également contributeur open source et libriste convaincu.

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